Deux
journées de marche dans la longue vallée agrémentée de deux
lagunes aux belles eaux bleutées. Une montée plus raide permet
d'atteindre la vallée suspendue dans laquelle nous installons notre
camp de base vers 4.300 m d'altitude.
Les tentes sont montées à
l'abri
des vastes frondaisons de quénoales, arbres rustiques et bien implantés
en haute altitude, au tronc couvert d'écorce semblable à une pelure
d'oignon rougeâtre.
Devant nous, une vaste
moraine où nous cherchons à repérer un sentier et au-dessus le vaste
triangle blanc de la face Est de l'Alpamayo.
L'installation du camp va bon
train, le gardiennage et la cuisine sont assurés par Roberto, notre gardien et cuistot de notre expédition de 1997 et
avec lequel nous avions gardé d'amicaux contacts.
Il faut dire qu'il est
efficace tant dans l'organisation du trek que dans celle de la gestion
de l'impressionnant stock de nourriture ! 
Après quelques jours d'acclimatation soit
vers la moraine ou enfin nous repérons "LE" sentier, soit
vers un superbe lac glaciaire où flotte de nombreux icebergs déposés
par l'immense langue glaciaire qui descend des sommets environnants, l'ensemble
des membres de l'expédition se retrouve au-dessus des 5.000 mètres.
Moment fort de l'expédition car sur 8 personnes, 5 n'avaient
jamais dépassé l'altitude du Mont Blanc. Enfin, le 26 juin, soit 10 jours après notre
arrivée nous partons, en
début d'après-midi lourdement chargés pour le camp 1 en haut de la moraine
vers 4.800 m d'altitude.
La nuit sera froide et
une gourde en fera la triste expérience car au matin nous la
retrouverons éclatée comme un fruit trop mûr. La montée au camp II
emprunte une série de vastes croupes glaciaires au cheminement évident
pour venir buter sur un rétrécissement important faisant office de
verrou. Ce passage mi-neige, mi-glace nous laissera le souffle court. Il
faut dire que bien chargés dans du 45° et à 5.200 mètres laisse quelques
traces. Enfin nous sommes au col et nous pouv
ons apercevoir la face Sud
de l'Alpamayo, "la plus belle montagne du monde". Pudiquement,
elle se cache derrière un voile de nuage et ce n'est que tard, peu
avant la nuit, qu'elle daignera enfin se découvrir.
5.400 mètres,
nous sommes seuls. Profitant des dernières lueurs du jour nous tentons
de dessiner sur la face notr
e futur itinéraire. Un appel radio au camp
de base pour rassurer nos épouses ou compagnes
Au
petit jour, le moindre mouvement fait tomber le givre en petit
cristaux sur le visage. Dehors le ciel est bleu. Dès que le soleil
éclaire le camp nous sortons pour faire fonde la neige. Effectivement,
faire fondre la neige est l'activité principale en haute altitude. Peu
après, le brouillard bascule au-dessus de l'arête Sud, envahit le
vaste cirque glaciaire entre nous et la face. Malgré ce contretemps,
nous nous équipons et partons.
Les conditions de la face ne sont pas
optimales ; nombreuses coulées de neige, corniche gigantesque sur
l'arête .... Au dire de nos prédécesseurs, la voie Ferarri n'est pas
en condition. Nous allons nous en approcher et nous verrons
bien.
Dans le brouillard, nous arrivons à la rimaye ; la visibilité n'est
plus que
de quelques mètres. En fait nous n'avons rien vu si ce n'est que nos
doutes sur la possibilité d'atteindre le sommet se confirment. Nous revenons au camp. Une nouvelle
tentative est
prévue pour le lendemain. Cette année, le sommet n'était pas pour
nous ! Effectivement,
la météo n'est pas coopérative et les blocs de glace qui rebondissent
dans les canoles ne sont pas tout à fait à notre goût. Une
prochaine fois ...
Deux jours de repos et nous revoilà e
n montagne. Sur la droite, entre
l'Alpamayo et
la longue crête de Pucarashta, un col, une idée de course.
Après avoir longuement cherché dans la nuit le passage dans les barres
rocheuses nous prenons pieds sur le glacier. Un cheminement complexe entre
crevasses et séracs nous conduit sur la crête et au
sommet. A cet instant, un Condor effleurant la neige dans un léger
bruissement d'aile semblait nous saluer ....
Moment
magique.
A quand la prochaine
?