Une fois sur la mer de glace, la Verte disparaît de notre vue et il
faudra attendre le lendemain pour l'apercevoir à nouveau. La
traversée de la moraine entre le glacier de Leschaux et la mer de glace
et agrémenté par la recherche de quartz. En effets si nous prenons la
peine de chercher nous trouvons par ci par là quelques minuscules
filons. Enfin les échelles sont là et nous faisons notre arrêt
"midi" au pied. 
Rapidement nous prenons de la hauteur. Le "coeur" de pierre
joliment appelé le "jardin", posé au milieu du glacier,
donne une note originale, complétée par le vieux refuge du couvercle
blotti depuis toujours sous la vaste dalle de granit qui lui sert de
toit.
Fidèle à notre habitude nous continuons vers le pied de l'éperon de
la Grande Rocheuse à la recherche d'un emplacement de bivouac. Quelques
coups de pelle, et notre abris est installé. Gain de temps et de
fatigue pour le lendemain.
Bien avant le jour nous gravissons seuls le couloir Wymper. La neige
n'est pas idéale mais en se dépêchant nous devrions être redescendu
avant que le soleil n'ai franchi la crête.
Le s
dernières longueurs sont plus raides, mais la forme incurvée du
couloir coupe la perspective fuyante. Avec le soleil, nous
surgissons sur l'arête finement ourlée de corniches et c'est à corde
tendue que nous terminons notre progression. C'est là, entre ombre et
lumière que la phrase de Gaston Rébuffat me revient en mémoire
"c'est à la Verte que l'on devient montagnard".
A cet instant je pense qu'il avait raison.
Du sommet quel point de vue ! De quelques côtés que l'on regarde c'est
grandiose. Du Mont-blanc à l'ouest à l'aiguille du Tour à l'est en
passant par les grandes Jorasses et le Mont Dolant, sans oublier l'Argenti ère
et le Chardonnet, que de souvenirs inscrits dans les couloirs et
les arêtes. Notre regard s'attarde plus longuement sur l'éperon
de la Brenva et si ce n'était la trajectoire du soleil qui se
dirige inéluctablement vers le Wymper et nous oblige à redescendre.
Au bas du
couloir, après avoir reçu sur l'épaule une pierre de taille
respectable, envoyée par une cordée au dessus de nous, nous retrouvons
notre bivouac. C'est là que l'on regrette d'avoir monté un si gros sac
car maintenant il faut tout redescendre. Mais le plaisir d'une
nuit, à la belle étoile, blotti au pied de la voie que nous allons
parcourir le lendemain, reste un moment inoubliable. En effet, du fond
de notre duvet, nous pouvons contempler, jusqu'à la nuit, le
vaste échantillon de couleurs que prend la neige au fur et à mesure de
la longue chute du soleil au bas de l'horizon. Du blanc étincelant au
bleue glacial en passant par une infinie palette de rose et d'orange, la
montagne tombe dans la nuit, remplacée par l'éclairage discret des étoiles
qui, une à une, montent dans le ciel. Il semblerait presque
qu'elles essayent de nous indiquer notre chemin !
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