En Bolivie dans la Cordillère Royale
Après avoir atterri à La Paz
(capitale la plus haute du monde) , nous préparons notre expédition pour tenter d'atteindre le sommet du Huayna
Potosi (6.088 m). L'organisation de la course se résume en fait à trouver comment se rendre,
au meilleur prix, au départ de la course ainsi que d'acheter l'essence pour le réchaud. Pour le trajet, nous passons par
une agence de trekking qui se charge de nous réserver un taxi. Le plus
pratique pour un tarif correct. Nous fixons ainsi le jour et l'heure du
départ et nous sommes certains de le retrouver le lendemain à notre
retour. De plus, sur les conseils de l'agence, il doit nous conduire là
où l'on doit trouver la fameuse et rare "benzina blanca" notre
essence C autant au Pérou nous la trouvons sans problème dans toute les
quincailleries autant en Bolivie c'est une denrée très rare.
A l'heure dite, notre taxi est devant notre hôtel. Nous prenons la
direction d'El Alto que nous traversons. Avant même de quitter l'agglomération, la chaussée goudronnée laisse place à des rues
en terre pour lesquelles un 4x4 serait presque
nécessaire. Une fois sortis de la ville, la piste s'arrange un peu et
c'est dans un nuage de poussière que nous nous dirigeons vers notre
destination. Nous traversons ainsi de vastes plaines sur lesquelles
paissent de nombreux troupeaux constitués en majorité de lamas. Passé
une vaste lagune, la Laguna Milluni, nous nous arrêtons au niveau d'un
cimetière au bord de la route, le "cimetière des mineurs" mais qui est en fait
celui utilisé par les paysans locaux. De là, nous pouvons enfin
apercevoir notre montagne.
Un peu avant d'arriver au barrage Zongo, au niveau d'une petite station
météo, notre chauffeur nous dépose. Nous voilà arrivés au
départ du sentier. La température est fraîche, il faut dire que nous
sommes tout de même à 4.700 m. Après plus de 2 heures a être ballottés
et empoussiérés dans le taxi et comme il n'est que
11 heures nous partons aussitôt. Dès le départ nous côtoyons
plusieurs troupeaux de lamas. Deux petites montées nous emmènent au
niveau de la langue terminale du "vieux" glacier. A partir de
là, le sentier se redresse une première fois pour prendre pied sur
l'arête d'une belle moraine et après une halte repas nous continuons par
une zone d'éboulis où le sentier se fait discret. Nous arrivons
ainsi sans problème au niveau du petit refuge à 5.100 m. Légèrement en
dessous, dans une échancrure se trouve plusieurs emplacements de bivouac .
Une tente y est déjà installée. A notre tour nous montons notre abri
et entreprenons la longue séance de fabrication d'eau. Je profite
de cette fin de journée pour monter tout en haut de la barre rocheuse
afin de voir la suite de l'itinéraire qui doit se faire de nuit.
Nous avons la visite du gardien du
refuge qui vient nous prévenir des risques de vol sur le lieu du
campement et de ne
pas laisser notre matériel de bivouac lors de notre ascension. Il nous propose de tout
démonter au lever et de le déposer au refuge. La marche d'approche
qui nous sépare de la route ne semblent pas effrayer les éventuels
maraudeurs !
Avant que la montre ne sonne, nous sommes debout. Le réchaud ronronne et
réchauffe doucement l'eau glacée. La nuit a été fraîche ! Il n'est que
1 heure et demi et déjà les premiers ascensionnistes chaussent les
crampons non loin de notre abri. A notre tour nous prenons pied
sur la neige et contrairement aux deux précédentes expéditions au
Pérou, cette année, elle est "béton". La nuit est bien
noire et seules les lueurs rougeoyantes des lumières de La Paz et d'El
Alto ponctuent l'horizon. Comme la neige porte bien, les traces laissées
par nos prédécesseurs des autres jours sont bien visibles. Nous
avançons sans problème. Quelques rares crevasses marquent de leurs
sombres bouches la vaste combe qui remonte vers le sommet Sud. Nous
arrivons sur un léger replat le "Camp des Argentins" . La trace
oblique vers la droite pour venir buter sur un mur en glace relevé à
plus de 50°. Le passage de la rimaye est un peu délicat, aucun pont de
neige ne vient faciliter le pass age.
Au-dessus, après deux longueurs et une courte arête nous
retrouvons un cheminement plus classique.
L'aube et ses premiers
rougeoiements commence à dessiner l'horizon. Nous arrivons vers les
5.900 mètres au pied du ressaut terminal, haut d'environ 200 mètres. Là
aussi, la pente est très mar quée
et la glace ne laisse place qu'à quelques rares zones neigeuses. Corde bien
tendue, nous enchaînons les longueurs alors que le soleil se lève. Nous
nous dressons enfin sur le
minuscule sommet à 6.088 mètres. Le panorama est immense. De l'Illimani
au sud-est au lac Titicaca au nord-ouest, les nombreux sommets de cette
cordillère encore sauvage se dévoilent enfin.
Le temps ne nous pousse pas à
redescendre mais la montre oui ! Il ne faudrait pas rater notre
taxi. Bien que les deux murs soient raides, le retour ne pose aucun
problème. Et après avoir récupéré le matériel dans le
refuge et pris une bonne collation, nous reprenons le sentier de la
moraine. Dommage que les nuages arrivent, nous ne verrons pas le vieux
glacier. Même quelques flocons de neige viendront blanchir les
pierres. Nous arrivons vers 13 h 30 à la route et notre
taxi arrivera pile à l'heure prévue.
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